Lékoumou: Un manioc stigmatisé

Publié: août 9, 2017 dans Non classé

(CRP/Syfia) A Sibiti, dans le département de la Lékoumou, le manioc préparé par les femmes autochtones peine à accompagner les mets des Bantoues. La faute à des préjugés ancestraux…

« Je n’achète jamais le manioc des femmes autochtones !« , lâche Raïssa. Cette restauratrice d’à peu près 20 ans, croisée au marché de Sibiti, porte en elle les préjugés de ses ancêtres qui ne mangeaient jamais les plats des autochtones. Pour eux, ces dernières ne savaient pas bien préparer la nourriture ou envoutaient les gens par leurs plats… « Nous ne pouvons pas changer les principes laissés par nos grands-parents« , tente de se justifier Raïssa.

vendeuse de manioc.jpg

une vendeuse de manioc 

Aujourd’hui à Sibiti, comme dans bien d’autres localités du département de la Lékoumou, le manioc préparé par les autochtones n’est pas acheté par les Bantous. « Cette discrimination demeure jusqu’à nos jours. Dès que les Bantous sont informés que le manioc est fait par ces femmes, ils ne veulent plus l’acheter« , déplore Jean Denis Toutou Ngamiye, président de l’Association pour la promotion socioculturelle des autochtones du Congo (APSAC).

Pour les anciens, tente de comprendre Jean Denis, « si un Bantou mange la nourriture des autochtones, il devient comme eux et risque de ne plus trouver de femme de sa communauté. » Angèle Bouanga, autochtone de Sibiti, y voit une contradiction : « Nous sommes tous des humains ! Le comble est que certains Bantous sortent avec nous en cachette. Ils prétendent nous aimer, mais ne mangent jamais ce que nous préparons ! »

 Prometteuses parades

En 2013, l’APSAC  avait mis en place un programme permettant aux autochtones de vendre directement aux Bantous des champs de manioc arrivés à maturité  ou sous forme de foufou, plus facilement acheté. Sala Bisala (Tout va rester, inutile de se vanter des biens qu’on possède ici-bas), a trouvé une autre parade. Catherine Tsiahou, la présidente de cette association explique : « Nous avons quatre femmes autochtones parmi nos 24 membres. Je les considère comme mes sœurs. Chez-nous, elles mettent leurs tubercules de manioc dans l’eau pour le faire rouir et quand il faut préparer et vendre le manioc, ce sont les Bantoues qui s’en occupent. »

A Zanaga et Bambama, deux grandes localités de la Lékoumou, d’autres initiatives prometteuses existent. « Les autochtones sont plus émancipées ici qu’à Sibiti et leurs maniocs sont mangés par tous ! Des commerçants les achètent et les revendent dans de grandes agglomérations comme Dolisie et Pointe-Noire« ,  fait savoir Marguerite Ngono, présidente de l’association Femme de Bambama.

Pour continuer à faire évoluer les mentalités, Monique Ngouamouele, présidente du groupement des femmes de Mapindi,  appelle au respect de l’être humain et des Saintes Ecritures : « Dans nos églises, nous prêchons l’amour et mangeons dans une même assiette. Les écritures bibliques nous disent que nous nous ressemblons tous, alors pourquoi faire des différences entre nous ? »

Marien Nzikou-Massala

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