Congo-Brazzaville : Dialogue politique, une diversion de trop

Pour donner l’illusion d’une évolution des institutions, la Constitution d’octobre 2015 a institué plusieurs institutions à l’instar du Conseil consultatif de la société civile, Conseil consultatif de la femme, Conseil national du dialogue…, toutes placées sous la conduite du chef de l’Etat. Toutes ces institutions factices et budgétivores en fin de compte ne servent à rien sinon qu’à charmer les étrangers.photo dialogue

Du changement de la Constitution dans le sang en 2015 à l’élection présidentielle très contestée de 2016, y compris par la communauté internationale, aujourd’hui, le Conseil national du dialogue, présidé par Monsieur Martin Mberi, a entrepris des démarches de consultation des forces vives de la nation en vue de proposer l’organisation d’un dialogue politique. Les pressions viennent un peu de partout, y compris des partenaires bilatéraux ; les officines s’activent et veulent à tout pris l’organisation d’un dialogue en République du Congo. Mais pour avoir quoi ?
Si l’idée du dialogue est bonne, la méthode est d’ores et déjà falsifiée. Cette falsification part depuis la loi organique qui met en place ce Conseil national du dialogue. Cette loi porte en elle les germes d’échec et de diversion. Comme les autres institutions consultatives, le Conseil consultatif du dialogue se réunit sur convocation du Président de la République qui lui, fixe les questions sur lesquelles le conseil doit se prononcer (ordre du jour) ainsi que la date de la tenue de celui-ci. Ensuite, les avis de ce Conseil de dialogue sont adressés au Président de la République pour la conduite à tenir.
Or, dans le contexte congolais, le Président de la République, Denis Sassou Nguesso est une partie du problème. C’est lui qui a fait modifier la Constitution en octobre 2015 pour s’octroyer illégalement un mandat à vie, c’est lui qui est accusé d’avoir volé l’élection présidentielle anticipée de mars 2016 ; il a emprisonné ses adversaires politiques, c’est lui qui a ordonné les bombardements dans le Pool, c’est encore lui qui est à l’origine du chaos économique et des tensions politiques et sociales dans le pays… Il est donc inconcevable qu’il soit juge et partie.
Ainsi, la démarche du Conseil national du dialogue placé sous l’autorité du chef de l’Etat n’est qu’une diversion de trop. Cet organe ne dispose pas de prérogatives qui lui permettent de conduire un processus de dialogue crédible. Le soutien que celui-ci bénéficie par exemple du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale est malsain. Monsieur Fall soutient cet organe consultatif soit parce qu’il dispose des fausses notes sur la réalité locale soit il fait un effort de ne pas reconnaitre cette réalité locale et, tout observateur peut spéculer sur ce choix.
Plusieurs dialogues ont eu lieu dans ce pays (2009 à Brazzaville, 2011 à Ewo, 2013 à Dolisie, 2014 à Ouesso, 2015 à Sibiti) et aucun de ces dialogues n’a été porteur d’espoirs. Au contraire, ce sont des moments d’appauvrissement des caisses de l’Etat. Ces dialogues ont échoué pour la simple raison que les responsables des différentes crises sont à la fois juges et parties.
Le déficit moral et éthique de notre classe politique dans la gestion des affaires publiques est criard. Les politiques ont déçu, ils sont d’office disqualifiés. Laisser le Conseil national du dialogue conduire les travaux en vue d’un éventuel dialogue, c’est laisser au Président de la République le monopole de la conduite de ce dialogue tant réclamé. Pour un processus de dialogue crédible et porteur d’espérance, les consultations ainsi que l’organisation dudit dialogue devraient être placées sous l’autorité d’une composante apolitique acceptée par toutes les parties.
La plateforme des organisations de la société civile pour le respect des droits de l’Homme et la démocratie, dans sa note de position du 26 décembre 2018 intitulée : Congo-Brazzaville, un dialogue pour avoir quoi ? recommande quelques mesures non exhaustives mais très pertinentes à savoir : la libération de tous les prisonniers politiques, la levée des poursuites judiciaires contre les exilés pour garantir le caractère inclusif du dialogue, la mise en place d’un comité citoyen d’organisation du dialogue, l’élaboration d’un cahier de charges consensuel garantissant que les conclusions du dialogue auront force de loi, la constitution d’un ordre du jour sur la base de l’ensemble des cahiers de charges et la participation pleine et effective de la communauté internationale.

Trésor Nzila-Kendet

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :