Congo-Brazzaville : Covid 19, Confinement et distanciation sociale, les autochtones traînent le pas!

La République du Congo est confrontée à la pandémie du Covid 19. Pour essayer de limiter et réduire la contamination à cette maladie, les pouvoirs publics ont pris un certain nombre de mesures barrières à respecter. Ces mesures peinent à être respectées en milieu autochtone.

Assane Paul
Assane Paul, leader autochtone de Peké, département de la Sangha

Mégaphone à la main, Assane Paul, enseignant et leader autochtone, la quarantaine bien accomplie, fait le porte à porte pour sensibiliser les 250 autochtones de Peké, un village mixte (Bantou-autochtones) à 5km de la ville de Ouesso dans le département de la Sangha, aux mesures barrières prises par les pouvoirs publics pour lutter contre la maladie à Corona virus (Covid 19).
Dans ce village comme dans bien d’autres où vivent les populations autochtones, depuis l’annonce des premiers cas de Covid 19 en République du Congo et de l’Etat d’urgence par le Président Denis Sassou Nguesso, elles ne sont pas sensibilisées aux risques et contamination au Covid 19.
Au Congo, les populations autochtones représentent 10% de la population congolaise, elle est aussi la couche la moins informée. Pour essayer d’être au même niveau informationnel que les bantous, certains leaders autochtones se mettent en avant. «J’ai eu vent de cette maladie à travers les médias. Car dans nos communautés, aucune autorité n’est venue nous voir pour nous sensibiliser sur cette pandémie, ni des gestes de barrière. Grâce aux informations reçues çà et là à travers des médias, je me force à expliquer cela à ma communauté en langue», fait savoir Assane Paul.
Malgré cet engagement d’informer ses « frères » sur cette pandémie, Paul Assane est confronté à des barrières culturelles des membres de sa communauté, «un grand nombre des autochtones sont partis en forêt pour le ramassage des chenilles et fuir la pandémie, de même il faut reconnaître que chez nous accepter l’existence de la maladie est très difficile car croyant que c’est une affaire qui regarde que les bantous alors qu’un virus ne choisit pas de race, d’ethnie ou la couleur de peau».
De son côté, Anatole Ngoubili un autre leader autochtone du village Ingolo 2 à environ 150 km de Sibiti sur l’axe Zanaga dans le département de la Lékoumou au sud du Congo, reconnait que, «dans la forêt, on a pas besoin d’être confiné ; c’est notre milieu naturel, au niveau des villages le confinement n’est même pas respecté, nous vivons de la cueillette et de la chasse au jour le jour, donc ces mesures, je ne pense pas que cela serait mis totalement en exécution», avant d’ajouter, «dans notre communauté nous n’avons pas aussi cette notion de laver les mains avec le savon (ce qui nous manque souvent), ce qui est difficile à ce que nous soyons au même niveau de respect de ces mesures barrières que les bantous».
Pour Anatole, un autre frein au respect des mesures barrières est l’habitat exigu des autochtones et le nombre des personnes qui vivent dedans, «pensez-vous que si l’un de nous est infecté nous pouvons nous en sortir» se questionne-t-il. Un grand travail de sensibilisation reste à mener pour une bonne prise de conscience aux dangers à cette pandémie.
Depuis la publication des premiers cas de Convid 19 au Congo jusqu’à ce 11 Mai, la situation épidémiologique à Covid 19 présente 333 cas contaminés, 53 guéris et 11 décès. De ces cas contaminés, il sied de signaler que dans deux départements (Sangha et Likouala) sur 6 départements (Lékoumou, Niari, Plateau, Sangha, Likouala et la Cuvette-Ouest) à forte concentration autochtone un cas positif au Covid 19 est signalé.
Pour que cette pandémie n’atteigne pas cette couche fragile de la population congolaise, André Mpemba Bouetoumoussa, président de l’Association pour le Vulgarisation du droit au cœur de la société (AVDCS), une OSC basée dans la Likouala et à Brazzaville, pense plutôt que les pouvoirs publics devraient revoir leur politique de communication car, «depuis l’apparition de cette pandémie, les autorités semblent juste s’adresser aux bantous via la télévision, radio et d’autres canaux y afférents, or les autochtones sont déconnectés de toutes ces informations», constate-t-il avant d’avancer, «si les bantous ont du mal à vivre le confinement, combien plus forte raison les PA qui ont du mal à s’adapter dans nos milieux en temps normal ».
Selon le président de l’AVDCS, «les pouvoirs publics ainsi que les associations et ONG de défense des droits des autochtones doivent multiplier des sensibilisations afin que cette couche de la population soit davantage informée sur cette pandémie et éviter des contaminations », conclut-il.
Des actions que devraient mener conjointement les pouvoirs publics, les ONG et toutes les sensibilités, or «à ce jour la direction générale des populations autochtones n’a pas un programme spécifique pour les PA en cette période, mais tous suivent les directives du gouvernement», a fait savoir Anicet Akanoweme, Directeur de la Promotion des normes de vie, de dignité et du bien-être autochtone.

Marien Nzikou-Massala

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :