COVID-19 : Utilisation des ressources génétiques, quels mécanismes de partage des bénéfices pour les communautés locales et les populations autochtones ?

La législation forestière et environnementale de la République du Congo comprend de nombreuses dispositions visant à protéger les ressources forestières dans leur diversité à travers une exploitation axée sur la durabilité du bois et une gestion durable des produits forestiers non ligneux (PFNL). A côté d’elles, apparaît une autre forme de ressource qui fait la fierté des communautés locales et des populations autochtones, mais moins encadrée juridiquement : les ressources génétiques.

Un retour aux sources pour la communauté nationale

En cette période où l’humanité toute entière est secouée par une pandémie sans précédent, la majorité des congolais se tournent vers la médecine traditionnelle.  Ce retour a été stimulé par plusieurs messages audio et vidéo qui ont circulé dans les réseaux sociaux faisant les éloges des produits phytosanitaires qui auraient des vertus pour lutter contre le COVID-19. Plusieurs guérisseurs et tradithérapeutes sont montés au créneau pour venter le mérite de certaines plantes et remèdes.  Cela a occasionné une ruée sur les ressources génétiques.

Un retour à la médicine et aux plantes traditionnelles non sans problèmes

L’engouement soudain pour l’utilisation des plantes médicinales aggravent les risques de contamination au COVID-19. En effet, dès l’annonce de la pandémie de COVID 19, Brazzaville a été déclarée comme l’épicentre en République du Congo. En effet, les neuf (9) cas ayant permis au gouvernement de prendre les mesures ont tous été identifiés à Brazzaville. Pour se mettre en sécurité, des milliers des personnes se sont déplacées en dépit des mesures de confinement décrétées par les autorités, des centres urbains, vers les zones rurales. Ces déplacements massifs principalement de Brazzaville, vers les zones rurales expose les communautés locales ainsi que les populations autochtones à la contamination au COVID-19.

Ainsi, selon les statistiques annoncées par la Direction de la gestion de la pandémie sur le territoire national, la pandémie s’est répandue de Brazzaville à d’autres départements notamment le Kouilou, Pointe-Noire, la Sangha, le Niari la Cuvette …

L’absence de formation pour le personnel de santé dans les zones rurales et l’absence d’équipement (masques et dispositif de protection, l’absence des tests …) exposent les communautés rurales principalement les populations autochtones à la contamination au COVID-19 du fait de leur grande vulnérabilité.

L’exploitation sauvage des ressources génétiques pénalise avant tous les populations qui en dépendent étroitement.

Selon Richard BOKODI, leader autochtone, Président de l’Association BAAKAS, basé à Dongou, dans le Département de la Likouala, « Il y a actuellement une exploitation sauvage des plantes médicinales que principalement les populations autochtones utilisent ordinairement pour soigner les maux qui les minent, car elles fréquentent rarement les centres de santé ». Et ce, malgré les mesures spéciales visant à faciliter l’accès des populations autochtones aux services sociaux de base et de santé et à protéger leur pharmacopée. Selon les dispositions du Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation relative à la Convention sur la diversité biologique, Protocole ratifié par la république du  Congo en mai 2015, tout utilisateur des ressources génétiques doit obtenir le consentement libre, préalable libre et informé des communautés locales et des populations autochtones avant le prélèvement qui doit se faire sur la base d’un contrat avec l’ensemble de la communauté. Avec l’augmentation du nombre de cas de contamination au COVID-19 qui de sources officielles annoncent plus de 1000 cas, une ruée s’exerce sur les ressources génétiques au mépris des règles établies.

Le même constat a été fait dans le Département de la Lékoumou, dans la Sous-préfecture de Sibiti où Felix Mounkéngué, la soixantaine révolue, Présidents du Comité du village Missama a déclaré « Avec les nouvelles générations, il y avait une tendance à abandonner la culture, la tradition au profit du modernisme, mais avec la déclaration des cas de COVID-19 dans notre pays sur notre territoire, la tendance s’est renversée. Par prévention, tout le monde utilise les plantes surtout amères, car tout ce qui est amer, est supposé contenir de la chloroquine, selon la sagesse communautaire ». La médecine traditionnelle autrefois négligée, est maintenant privilégiée par les ménages même en ville et les personnes présentant certains symptômes (fatigue, mal de gorge, écoulement nasal, toux, fièvre, difficultés respiratoires) ont recours aux plantes, plutôt que de se rendre dans les centres de santé parce que ces symptômes sont assimilés à la manifestation du COVID- 19 et que tout patient les présentant ces est mis en quarantaine ainsi que ses proches.

L’exploitation des savoir-faire des communautés, particulièrement des populations autochtones sur l’utilisation des ressources génétiques et le partage de bénéfices qui en découle est inscrit au Décret 2019-202 du 12 juillet 2019précisant les mesures spéciales visant à faciliter l’accès des populations autochtones aux services sociaux de base et de santé et à protéger leur pharmacopée. Certaines personnes sollicitent les services des populations autochtones pour prévenir et guérir les cas de grippe chroniques et toute sorte de toux suspecte ainsi que la fièvre persistante et toute autres formes de symptômes annoncés par l’Organisation Mondiale de la Santé, moyennant un paquet de cigarettes et d’allumettes, ce qui constitue une sorte d’exploitation. Pour échapper à ce phénomène, les populations autochtones qui se sont sédentarisées dans certains villages, ont regagné la forêt profonde, laissant dans les villages, les personnes âgées, sans moyen de défense contre le COVID-19.

Quels mécanismes de partage de bénéfices pour les communautés locales et les populations autochtones sur les ressources génétiques ?

Les communautés locales et les populations autochtones, gardiennes traditionnelles des ressources génétiques ne bénéficient pas des retombées liées à leur utilisation et exploitation.  La législation nationale étant faible, des prélèvements sont effectués abusivement et sans tenir compte des droits des communautés locales et les populations autochtones.

Il est urgent de penser à des mécanismes de partage de bénéfices clairs issus pour l’exploitation et l’utilisation des ressources génétiques conformément au Protocole de Nagoya auquel notre gouvernement a souscrit, afin de permettre aux communautés locales et aux populations autochtones de bénéficier des bienfaits de ces ressources et renforcer leurs moyens de subsistance.

Les pouvoirs publics doivent renforcer les mesures liées au prélèvement de ces ressources, pour une meilleure gestion des ressources génétiques qui sont fondamentales pour les communautés locales en général et les populations autochtones en particulier. Le processus d’élaboration des textes d’application de la nouvelle loi forestière en cours, constitue pour cela une opportunité à ne pas manquer. Car un cadre réglementaire spécifique est nécessaire comme le stipule l’article 5 de ce Protocole alinéa 1. « Conformément aux paragraphes 3 et 7 de l’article 15 de la Convention, les avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques et des applications et de la commercialisation subséquente sont partagés de manière juste et équitable avec la Partie qui fournit lesdites ressources et qui est le pays d’origine de ces ressources ou une Partie qui a acquis les ressources génétiques conformément à la Convention. Ce partage est soumis à des conditions convenues d’un commun accord. »

Marien Nzikou-Massala sur les notes de Nina Cynthia KIYINDOU YOMBO, OCDH

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