(CRP/Syfia) Dans les départements des Plateaux et de la Cuvette-Ouest, des femmes refusent la polygamie. D’autres y voient des avantages.
« Je ne pourrais pas partager mon mari avec une rivale. Je préfèrerais partir pour qu’elle me remplace… Avoir des moyens n’est pas synonyme d’avoir beaucoup de femmes ! », martèle Colette Otankon, 54 ans, présidente de l’association les Compagnons du devoir et de l’action (Codac) et mariée avec son mari sous le régime monogamique.
La polygamie a beau être encore assez présente dans son département des Plateaux, Colette n’accepterait pas de partager son mari avec une autre femme : « Avec un seul cœur, on ne peut pas aimer deux personnes ! Une femme sera négligée et l’autre vivra dans de bonnes conditions. C’est notre réalité, surtout avec la chute du prix du baril de pétrole…»
Toujours dans les Plateaux, Ozias Cornelie Mfourga, la trentaine, monogame et membre de la Coopérative Mères et filles de Kialé, est du même avis : « Au début, quand il y a une seule épouse, la transparence règne dans la maison. Par contre, quand le mari en prend une deuxième, c’est le début des problèmes ! » Ozias Cornelie s’estime cependant à l’abri de ce genre de mésaventure : « J’ai souffert à l’école avec mon mari. Nous avons ensuite tous les deux obtenu notre diplôme. Maintenant qu’il travaille, je ne peux pas avoir une rivale…»
« Deux femmes : une charge inutile ! »
Jean-Pierre Mountali, monogame et chef de quartier Gambao à Djambala, explique que la polygamie est encore courante en raison de « la tradition. Mais, souvent, la cause réelle est l’infertilité féminine et l’insatisfaction du mari », avance-t-il. Convaincu, il poursuit : « Avoir deux femmes est une charge inutile ! »
Selon une enquête démographique et de santé (EDS 2011-2012), la proportion de femmes en union polygame est de 6 % pour les 20-24 ans et de 21 % pour les 45-49 ans. L’enquête révèle que la proportion d’hommes polygames augmente aussi avec l’âge, passant de 1 % pour les 20-24 ans à 11 % pour les 45-49 ans.
Si, les couples jeunes, perçoivent d’un mauvais œil la polygamie, les couples plus anciens semblent à l’opposé l’accepter plus facilement. « Notre mari est impartial. Le peu qu’il trouve, il le partage au milieu. Quand j’ai eu ma 1ère fille, ma rivale la gardait du matin au soir. L’avantage de la polygamie est que, par exemple, quand notre mari est hospitalisé, nous nous partageons les tâches. Une s’occupe du mari et l’autre va aux champs », explique Denise Ndzeli, la cinquantaine, qui partage le même mari, Prosper Andzouono, avec Antoinette Ngankoué, quinquagénaire et première femme de Prosper. Une polygamie qu’elles vivent toutes les deux sans accroches, bien que les débuts aient été difficiles. « Si, notre mari dort pendant une semaine chez moi, il fait autant chez ma rivale. Par ailleurs, il n’y a pas de différences entre les enfants. Je suis très contente maintenant que nous sommes deux. Plus même qu’avant, quand j’étais seule ! », assure Antoinette.
Partage des tâches
Prosper Andzouono, par ailleurs chef du quartier Mfoa à Djambala, estime respecter ainsi le proverbe téké : « Avoir une seule femme, c’est être célibataire (si cette femme meurt, vous devenez célibataire, Ndlr)». Un proverbe qui a encore sa place dans la conscience ou l’inconscience des hommes de Djambala. Un argument aussi soutenu par M. Ombiloloki, polygame, vivant à Ewo dans la Cuvette-Ouest. Selon lui, sa 1ère femme ne le satisfaisait pas. Il a donc été obligé d’en prendre une 2e, pour son plus grand plaisir aujourd’hui. « Quand je suis malade, une s’occupe de moi et l’autre fait les tâches ménagères ou va aux champs », avance-t-il, assurant que lui ne fait pas de différences entre elles et s’occupe de chacune de la même manière.
Autre génération, autre mentalité… A l’image de Destie Mabangoula, une célibataire de 28 ans : « Même la Bible dit ‘un homme pour une femme’, pas ‘un homme pour deux femmes’ ! Dans ma vie, je rêve d’avoir mon propre mari. Il s’occupera bien de moi et des enfants, car souvent, quand la 2ème femme arrive au foyer, la 1ère est négligée. Le mari ne s’occupe même plus de ses enfants… »
Rappelons que si les textes bibliques conseillent aux fidèles la monogamie, le Code de la famille congolais (article 136), lui, leur laisse le libre-choix : « La déclaration de l’option de polygamie est souscrite par les futurs époux devant l’officier de l’Etat-Civil au moment de la déclaration du mariage. »
Jean Thibaut Ngoyi
Juillet 2016
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